Il commençait à faire chaud, enfin. De ces journées qui font naître une transpiration brumeuse à la racine des cheveux; celles qui font ruisseler un filet rafraîchissant le long de la colonne.
Clémence aimait bien ces journées-là.
Dans le jardin, la végétation s’éveillait. Les bulbes qu’elle avait plantés des semaines auparavant avec Lolo et Ju faisaient une première apparition remarquée dans le petit carré de terre qui leur servait de jardin dans une cour aux tristes accents de béton : de longues tiges fortes, rigides, d’un vert encore tendre, qui perçaient la terre avec une confiance remarquable. Là où il n’y avait que du brun terreux quelques jours plus tôt, il y aurait bientôt de belles touffes de vie.
Comme Clémence avait hâte de voir s’égayer cette cour où tout était terne, de la veille clôture en bois bancale aux dalles craquelées bien serrées l’une contre l’autre, comme pour s’assurer qu’aucune pousse rebelle ne décide d’y faire ses racines.
Elle avait découvert hier que sous les dalles de béton s’étendait un épais tapis de géotextile. Qui dont détestait à ce point la nature pour se donner la peine, en plus des dalles lourdes à s’en casser le dos, de poser du géotextile à la grandeur de la cour? Qui dont avait ce besoin extrême de tout contrôler?
Peut-être était-ce plutôt un désir de perfection… Dans tous les cas, on avait voulu étouffer quelque chose.

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